
Historiquement, les écritures musicales font partie des premières formes de grammatisation que Bernard Stiegler signifiait comme un processus de décomposition des flux temporels de la conscience en éléments formels. Ceux-ci pouvant être – tel un flux sonore – transformés, hybridés, recombinés, etc. par la notation musicale en composantes associées, organisées à l’infini.
La complexité des espaces sonores actuels, soit construits en synthèse 3D, soit induits statistiquement, nous fait ainsi entendre l'étendue de notre imagination à travers des mondes hypothétiques souvent polysémiques et les résultats de notre aptitude à explorer certains espaces latents (multidimensionnels) via des paysages sonores intrinsèquement probables.
Pour ce faire, et c’est là qu’intervient le volumiphonium [1], cette diffusion en 3D, pour être volumétrique, nécessite – en plus du périphonique – l’utilisation de zones/espaces endophoniques et parfois exophoniques, voir allocentriques. Ce que la volumiphonie nous fait alors entendre peut même inférer un espace d’écoute phénoménal (4D) en utilisant des modules de type tesseracts [2].
L’autre fondement de cette écoute se situe en amont dans le processus compositionnel où la répartition des flux et des masses sonores s’effectue structurellement par couches, circulations, émergences, etc. dans les différentes zones des nombreux volumes disponibles créés par la disposition (à minima périphonique et endophonique) des haut-parleurs.

Composer une volumiphonie, c’est avant tout activer x éventualités que sous-entend cet espace de potentialités, comparable à l’espace latent, multidimensionnel, où les sons mutent à travers un continuum de possibilités. Mais cela ne va pas sans problème, car autant le déplacement des sons dans un espace périphonique s’avère relativement prévisible, autant le comportement d’un même son (ou groupe de sons) qui se meut dans les différents et multiples volumes d’un espace volumiphonique varie selon les situations, les orientations, les formes et les dimensions de ces mêmes volumes. Ainsi ce processus inédit de distinction sonore, quelque part : des sons de sons, s’impose comme un des fondements constitutifs de ce nouveau mode compositionnel qui s’appuie sur des ressemblances sonores inouïes et imprévisibles, accordant un rôle formel aux sons dépourvus de sens.
Une diffusion volumiphonique rapproche notre faculté de percevoir dans l’espace monde des sources sonores multiples et distinctes à celle, moins courante, d’écouter une musique contextualisée et "re-naturalisée".
En quelque sorte, il s’agit de stimuler notre curiosité par une appropriation personnalisée (déplacements et situations de l’auditeur) de l’espace musical ainsi proposé.
[1] Un dispositif de diffusion multicanale en 3D utilisant le multicouche, le multivolume et le multizone.
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Espace_%C3%A0_quatre_dimensions